Tu ne rates jamais une séance de vitesse, mais le renforcement passe toujours après. C’est exactement l’inverse de ce que dit la recherche : c’est la séance qui protège toutes les autres. Quatrième rendez-vous de Décryptage.
La science
Une étude transversale menée auprès de 758 triathlètes rapporte que 56,2% d’entre eux ont subi une blessure musculosquelettique dans les 12 derniers mois. Les trois zones les plus touchées : le genou (16,9%), la jambe inférieure — mollet et tibia (16,5%) et la hanche (9,8%). Les femmes présentent une proportion de blessures à la hanche deux fois plus élevée que les hommes. Participer à un Ironman 70.3 augmente les chances de blessure de 68,6% par rapport aux autres distances (Anselmo-e-Silva et al., 2026).
Face à ça, le renforcement musculaire a une efficacité rarement égalée en prévention. Une méta-analyse portant spécifiquement sur le renforcement (et non les étirements ou la proprioception seule) rapporte une réduction de 68% du risque de blessure sportive, un résultat homogène sur les 4 études incluses (Lauersen, Andersen & Andersen, 2018). D’autres essais cités dans cette analyse vont dans le même sens : -43% sur 13 semaines avec un programme ciblé, jusqu’à -69% avec un programme individualisé et progressif.
L’étude sur les triathlètes confirme aussi l’effet protecteur de l’accompagnement : un suivi en physiothérapie réduit les chances de blessure de 75%, un suivi par un professionnel en éducation physique de 66%, un avis médical de 49% (Anselmo-e-Silva et al., 2026). Si tu n’as pas accès à ce suivi, un circuit ciblé et régulier reste le point de départ le plus accessible : les exercices ci-dessous visent directement les trois zones les plus à risque — genou, hanche, mollet — avec du travail unilatéral, qui révèle et corrige les asymétries que la course, le vélo et la nage ne corrigent pas d’elles-mêmes.
Le bon moment
| Phase | Objectif | Cette séance ? |
|---|---|---|
| Base aérobie | Volume, endurance fondamentale, technique | Oui — 2x / semaine, c’est la fondation |
| Construction (Build) | Seuil + VO2max | Oui — maintenance, 1-2x / semaine, éloignée des séances clés |
| Affûtage (Taper) | Volume ↓, intensité maintenue, repos | Réduite — 1x légère, jamais dans les 72h avant course |
| Course | Objectif | Non |
L’erreur classique est de réserver le renforcement aux périodes creuses ou de l’abandonner dès que ça se charge. C’est l’inverse qu’il faut faire : garde 2 séances par semaine toute l’année, espacées de 24-48h de tes séances de jambes les plus exigeantes, et ne les coupe qu’à l’approche immédiate d’une course.
La séance
- Échauffement — 8 min de mobilité articulaire dynamique (hanches, chevilles, tronc)
- Corps de séance — 3 tours de 6 exercices, 45 s d’effort / 15 s de transition, 1m30 de récupération entre les tours : (1) squats bulgares, (2) pont fessier unilatéral, (3) planche latérale, (4) fentes marchées, (5) élévations mollets unipodales, (6) extension dorsale (« superman »)
- Retour au calme — 5 min d’étirements légers

Les variantes
Débutant : passe à 2 tours au lieu de 3, remplace les versions unilatérales par leurs équivalents bipodaux (squats classiques, pont fessier deux jambes) et allonge la transition à 20-30 s. Pour progresser, ajoute une charge légère (élastique ou haltères), réduis la transition à 10 s, ou ajoute un 4e tour.
Le renforcement ne se sent presque jamais le jour même — il se sent le jour où tu évites la blessure qui aurait coupé ta saison. Traite-le comme une séance clé, pas comme une option.
À retenir
- 3 tours de 6 exercices, 45 s effort / 15 s transition, 2x / semaine toute l’année
- Cible les 3 zones les plus à risque chez les triathlètes : genou, hanche, mollet
- Le renforcement réduit le risque de blessure d’environ 68% — un des leviers de prévention les plus efficaces qui existent
- Débutant : 2 tours, versions bipodales, transitions plus longues
Sources
- Lauersen, J. B., Andersen, T. E., & Andersen, L. B. (2018). Strength training as superior, dose-dependent and safe prevention of acute and overuse sports injuries: a systematic review, qualitative analysis and meta-analysis. British Journal of Sports Medicine, 52(24), 1557-1563. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30131332
- Anselmo-e-Silva, C. I., Santos-de-Araújo, A. D., Ferreira-Silva, H., et al. (2026). Prevalence and predictive factors of musculoskeletal injuries in triathletes: a cross-sectional study. BMC Sports Science, Medicine and Rehabilitation, 18, Article 20. link.springer.com

