En parlant d’activité physique, on pense à la force musculaire, à l’endurance, à l’énergie dépensée. Mais qu’en est-il de la perception de l’effort, ce sentiment parfois si lourd, si difficile, celui qui fait qu’un simple jogging semble une montagne alors qu’un habitué le ferait presque en souriant? Selon des chercheurs à l’École de kinésiologie et des sciences de l’activité physique de l’Université de Montréal (et leurs partenaires internationaux), une partie de la réponse pourrait se trouver… dans notre cerveau.
Brouiller les signaux nerveux pour alléger l’effort
Plutôt que de chercher à rendre les muscles plus forts, leur pari est de modifier temporairement la façon dont le cerveau reçoit l’effort. Comment ? Grâce à la vibration tendineuse : un dispositif vibrant appliqué sur certains tendons (par exemple les tendons d’Achille et du genou).
Dans une expérience en laboratoire, des volontaires ont pédalé sur un vélo stationnaire en deux conditions : après avoir porté le dispositif vibrant pendant 10 minutes ou sans vibration. Résultat : pour un même effort perçu, les participants produisaient plus de puissance après stimulation vibratoire. En clair : leurs muscles travaillaient davantage… tandis que leur cerveau jugeait l’effort similaire.
Pourquoi ça fonctionne ? Les chercheurs émettent l’hypothèse que la vibration agit sur les fuseaux neuromusculaires (ces petits capteurs sensibles à l’étirement musculaire) et modifie le signal envoyé au cerveau. Selon l’amplitude et la fréquence des vibrations, il serait possible d’exciter ou inhiber des neurones de la moelle épinière, modifiant la perception de l’effort.
Potentiel pour la santé et la motivation
Si ces premiers résultats sont encourageants, ils pourraient ouvrir de nouvelles voies pour favoriser l’activité physique, notamment chez les personnes sédentaires. L’idée ? Rendre l’exercice moins ressenti comme pénible, non pas en le rendant plus facile mécaniquement, mais en trompant le cerveau pour qu’il le perçoive comme moins exigeant. Ça pourrait améliorer la motivation à bouger, diminuer la barrière psychologique associée à l’effort et rendre l’activité physique plus accessible.
À terme, ces travaux pourraient aussi intéresser les athlètes cherchant à repousser leurs limites, ou les personnes dont la condition physique rend l’exercice difficile à entreprendre.

À prendre avec prudence
Cependant, quelques précautions s’imposent :
- L’étude concernait un effort court (trois minutes de pédalage), pas une course longue ou un entraînement intensif.
- Les mécanismes neurophysiologiques exacts restent à confirmer. Les chercheurs prévoient utiliser des techniques comme l’électroencéphalographie (EEG) ou l’imagerie cérébrale pour observer les changements dans l’activité neuronale.
- Ce n’est pas (encore) une solution universelle, ça pourrait convenir à certaines activités, certaines personnes, mais pas à toutes.
Si notre perception changeait tout
Ce qu’il y a de fascinant dans cette recherche, c’est qu’elle repense l’activité physique non seulement comme un défi musculaire ou cardio, mais avant tout comme une question de perception. Et si, pour bouger plus, il ne suffisait pas de forcer nos muscles, mais plutôt de convaincre notre cerveau que l’effort est moins lourd?
Dans un monde où beaucoup de gens hésitent à commencer, ou reprendre, une activité physique parce que c’est trop dur, ce type d’approche pourrait offrir un nouveau levier. Un levier psychologique, mais aussi physiologique, pour déclencher le mouvement.
