Nage. Pédale. cours.

Souhaite plus de compétences, pas moins de défis


« Don’t wish it was easier wish you were better. Don’t wish for less problems wish for more skills. Don’t wish for less challenge wish for more wisdom. » Jim Rohn a résumé en trois phrases un piège dans lequel je vois tomber plusieurs des athlètes que je côtoie, moi y compris. On souhaite que la course soit plus facile, que le parcours soit moins exigeant, que la préparation demande moins de sacrifices. Sauf que ce souhait ne mène nulle part. Le sport, comme la vie, ne devient pas plus facile. Toi, tu deviens meilleur.

Trois réflexes à changer: souhaiter être meilleur plutôt que ce soit plus facile, souhaiter plus de compétences plutôt que moins de problèmes, souhaiter plus de sagesse plutôt que moins de défis

Le réflexe naturel : vouloir moins de résistance

Après une séance ratée ou une course décevante, le premier réflexe est souvent de chercher ce qui a rendu les choses difficiles. Le vent, la chaleur, un parcours vallonné, un horaire de travail chargé qui grugeait le temps d’entraînement. Ce ne sont pas de fausses excuses, ces contraintes existent vraiment. Mais s’attarder dessus revient à espérer un monde plus accommodant plutôt qu’à investir dans ta propre capacité à y répondre.

Je le vois chaque saison chez mes athlètes. Celui qui souhaite un parcours plat parce que les côtes le fatiguent n’a pas besoin d’un parcours plat. Il a besoin de plus de force et d’un meilleur pacing en montée. Celle qui souhaite une météo clémente parce que la chaleur la fait souffrir n’a pas besoin d’un été frais. Elle a besoin d’un protocole d’acclimatation à la chaleur et d’une stratégie d’hydratation mieux rodée. Le problème n’est jamais vraiment le problème. Le manque de compétence pour le traverser, si.

Les problèmes ne diminuent pas, ta capacité à les gérer augmente

Voici ce que l’expérience m’a appris comme coach : les triathlètes qui progressent le plus ne sont pas ceux qui rencontrent le moins d’obstacles. Ce sont ceux qui accumulent, séance après séance, un répertoire de réponses aux obstacles. Une crampe en fin de course n’est plus une catastrophe quand tu as déjà pratiqué ta nutrition en contexte réel et que tu sais exactement quoi faire. Un mauvais départ de nage en groupe compact n’est plus paniquant une fois que tu l’as simulé volontairement à l’entraînement.

La compétence ne rend pas le défi plus petit. Elle change ta relation avec le défi. Le même Ironman qui semblait insurmontable à ta première participation devient, cinq ans plus tard, une aventure exigeante mais familière, non pas parce que le parcours a changé, mais parce que toi tu as changé.

Le défi perçu reste constant d'une saison à l'autre, mais la compétence de l'athlète progresse jusqu'à le rendre familier

La sagesse plutôt que le confort

La troisième phrase de la citation est peut-être la plus importante pour un sportif d’endurance : ne souhaite pas moins de défi, souhaite plus de sagesse. La sagesse, en entraînement, c’est savoir quand pousser et quand lâcher prise. C’est reconnaître la différence entre l’inconfort productif d’une séance de seuil bien exécutée et le signal d’alarme d’une blessure qui couve. C’est accepter qu’une semaine de récupération n’est pas un recul, mais une pièce essentielle de la progression.

Cette sagesse ne s’acquiert pas en évitant les difficultés. Elle s’acquiert en les traversant avec attention, en notant ce qui fonctionne, en ajustant ce qui ne fonctionne pas, saison après saison. Un athlète qui a raté trois transitions dans sa carrière et qui a pris le temps de comprendre pourquoi possède une sagesse que ne possède pas celui qui n’a jamais raté de transition parce qu’il évite les courses stressantes.

Ce que ça change dans ta préparation

Concrètement, cette philosophie change la façon dont tu abordes une saison. Plutôt que de choisir un objectif en fonction de ce qui te semble gérable aujourd’hui, choisis un objectif qui t’oblige à développer une compétence que tu n’as pas encore. Si le vélo est ton maillon faible, ne cherche pas un parcours plat pour compenser. Cherche un plan qui développe ta puissance et ta technique de pédalage. Si la gestion du stress la veille d’une course te déstabilise, ne choisis pas seulement des courses locales et familières. Expose-toi, à dose raisonnable, à l’inconnu qui construit ta capacité à rester calme.

Ça change aussi ta façon de traverser les séances difficiles. Une sortie longue sous la pluie n’est plus une contrariété à endurer, c’est une occasion de développer ta tolérance à l’inconfort, une compétence qui te servira le jour de course où les conditions ne seront pas celles que tu espérais.

En résumé

Souhaiter que ce soit plus facile te garde exactement où tu es. Souhaiter développer plus de compétences, c’est ce qui te fait progresser d’une saison à l’autre. Le prochain parcours difficile, la prochaine séance qui te sort de ta zone de confort, la prochaine course où tout ne se passera pas comme prévu, ne sont pas des obstacles à éviter. Ce sont les occasions mêmes qui vont te rendre meilleur. Ne souhaite pas moins de défis. Souhaite plus de sagesse pour les traverser.

Source

Rohn, J. Citation largement diffusée dans ses conférences et écrits sur le développement personnel.


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