Nage. Pédale. cours.

Changer une habitude sans te faire la guerre


Tu veux changer une habitude. Te lever à 5h30 pour ta séance avant le travail. Arrêter de sauter ton gainage. Mieux manger la veille d’une course. Tu sais que ça prend de la discipline. Ce que tu sais peut-être moins, c’est que la discipline n’est pas une guerre contre toi-même.

On imagine souvent le changement comme un combat. Serrer les dents. Se forcer. Devenir plus dur, plus sévère, plus intransigeant envers soi-même. J’ai vu beaucoup d’athlètes entrer dans cette mécanique-là. Ils ratent une séance et ils se punissent avec deux séances le lendemain. Ils sautent un réveil et ils se traitent de paresseux pour le reste de la semaine. Ce n’est pas de la discipline. C’est de l’épuisement déguisé en vertu.

Changer sans te faire la guerre - HB Coaching

Ton habitude n’est pas ton ennemie

Une chercheuse qui a passé des années à étudier la nature des habitudes propose une idée qui m’a arrêté net la première fois que je l’ai lue. Pour changer une habitude, il faut d’abord arrêter de la traiter comme un monstre à abattre. Cette habitude, aussi frustrante soit-elle, fait partie de toi en ce moment. Elle mérite d’être accueillie avec un minimum de douceur plutôt qu’attaquée comme si c’était l’ennemi. Ça ne veut pas dire l’accepter pour toujours. Ça veut dire reconnaître qu’elle est là, aujourd’hui, et que tu aimerais qu’elle change. Rien de plus. Pas de procès. Pas de sentence.

Concrètement, ça change tout dans ta tête. Tu ne pars plus en guerre contre le « moi qui manque de volonté ». Tu regardes plutôt la réalité en face: en ce moment, je saute mes séances du mercredi matin. Et je voudrais que ça change. Ce simple changement de posture enlève une couche de culpabilité qui, la plupart du temps, ne sert qu’à te vider de l’énergie dont tu aurais eu besoin pour justement changer.

J’en parlais déjà dans La face cachée de la rigueur. La rigidité n’est pas la même chose que la rigueur. On confond souvent les deux. La vraie rigueur, celle qui construit une performance sur plusieurs années, ressemble rarement à un sergent qui gueule. Elle ressemble davantage à un coéquipier patient.

Retrouver ton rythme, pas gagner une bataille

Les stoïciens, ces philosophes romains qu’on redécouvre beaucoup dans le sport de haut niveau aujourd’hui, tenaient un discours étonnamment proche de celui-là. Marc Aurèle, dans ses Pensées pour moi-même, ne parle presque jamais de se flageller quand les choses dérapent. Il parle plutôt de revenir, encore et encore, à son rythme naturel après avoir été bousculé par les événements. Pas de drame. Pas de discours intérieur destructeur. Juste un retour, calme, à ce qu’on avait prévu de faire.

Transpose ça à ton entraînement. Tu manques ta sortie vélo du dimanche parce que la vie a décidé autrement. Tu n’as pas besoin de « rattraper » cette sortie avec une séance impossible le lundi. Tu as juste besoin de reprendre ton plan là où il est rendu. Le triathlète qui dure quinze ans dans le sport n’est pas celui qui n’a jamais manqué une séance. C’est celui qui est devenu très bon pour revenir vite après en avoir manqué une. J’ai écrit là-dessus dans Échouer souvent… et quand même gagner gros. La constance ne vient pas de l’absence d’écarts. Elle vient de la vitesse à laquelle tu reviens sur tes rails.

Traite ton habitude comme un coéquipier, pas comme un ennemi

Sénèque et le meilleur ami que tu peux être pour toi-même

Sénèque, dans ses lettres, rappelle que la philosophie n’est pas censée être un tyran intérieur qui te surveille et te réprimande. Elle est censée faire de toi un meilleur ami pour toi-même. Je trouve que c’est exactement le rôle que devrait jouer ton plan d’entraînement. Ton plan n’est pas là pour te juger chaque fois que tu dévies. Il est là pour t’aider à revenir plus vite, avec moins de bruit dans la tête.

C’est une des raisons pour lesquelles j’insiste autant, avec mes athlètes, sur les petites habitudes répétées plutôt que sur les efforts héroïques ponctuels. Une séance de gainage de dix minutes que tu fais réellement neuf fois sur dix vaut infiniment plus qu’une séance parfaite de quarante-cinq minutes que tu ne fais jamais parce que la barre est trop haute. J’en parle en détail dans Les 6 habitudes des sportifs d’endurance qui réussissent vraiment. La bienveillance envers toi-même n’est pas de la mollesse. C’est ce qui te permet de tenir sur dix ans plutôt que sur dix semaines.

Ce que ça change dans ton quotidien d’entraînement

La prochaine fois que tu rates une séance ou que tu retombes dans une vieille habitude que tu voulais changer, essaie autre chose que l’autocritique. Nomme simplement ce qui est vrai. En ce moment, je fais ça. Je voudrais que ce soit différent. Puis pose un seul petit geste pour reprendre ton rythme, pas dix. Un réveil qui sonne. Une bouteille d’eau préparée la veille. Un sac de sport laissé près de la porte. Rien d’héroïque. Juste un pont simple entre où tu es et où tu veux aller.

La discipline qui dure ne ressemble pas à une guerre. Elle ressemble à une amitié exigeante, celle d’un coéquipier qui te attend patiemment quand tu trébuches, mais qui te tend quand même la main pour repartir. C’est ce genre de discipline-là que je veux t’aider à construire, séance après séance, saison après saison.

Sources: On Habit de Clare Carlisle; Pensées pour moi-même de Marc Aurèle; Lettres à Lucilius de Sénèque.

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